TOP 10 METAL 2024 – Astrad

C’est désormais au tour de votre chevalier servant Astrad de vous partager ses plus gros coups de coeur de 2024. En route pour la rétrospective d’une année qui aura fait la part belle au prog et au death metal sous toutes ses formes !


10 – SPECTRAL VOICE – Sparagmos


Pays : États-Unis
Label : Dark Descent Records
Genre : Death metal / Doom metal

On commence ce top 10 avec le dernier album de Spectral Voice, qu’on pourrait qualifier de side project des petits génies de Blood Incantation (3 membres en commun sur 4) : même si on retrouve quelques légers points communs avec le groupe susnommé dans certains accords et phrases musicales, on n’est clairement pas dans le même délire. Car alors que le dernier Blood Incantation se complaît dans une atmosphère cosmique et vintage réconfortante, cette proposition de Spectral Voice part sur un tout autre postulat. Le Sparagmos est en effet dans l’Antiquité grecque un rite dionysiaque fort sympathique consistant à sacrifier par démembrement un animal voire, d’après certaines sources rares, un être humain : délicieux programme. Et c’est exactement le sentiment que renvoie l’album à travers un death doom caverneux et poisseux : celui de se faire déchirer petit bout par petit bout avec une extrême lenteur et dans un désespoir total. Malgré cette perspective peu réjouissante, on reste scotché à cette atmosphère étouffante et poussiéreuse qui rappelle par certains aspects quelques titres de The Ruins of the Beverast : au niveau de l’ambiance, c’est d’ailleurs peut-être l’un des tous meilleurs albums de l’année, avec une puissance d’évocation assez incroyable. À écouter dans le calme avec un bon son pour vivre cette épreuve unique et éprouvante dans les meilleures conditions et expérimenter une sensation de mort à petit feu des plus exquises.


9 – ALCEST – Les Chants de l’Aurore


Pays : France
Label : Nuclear Blast Records
Genre : Blackgaze / Post-metal

Alcest nous a livré en 2024 un album élégiaque, une invitation au voyage solaire et réconfortante. Laissez-vous envelopper par ces douces mélopées qui vous berceront et vous mèneront loin, quelque part à la croisée entre une douce nostalgie et un avenir radieux. Une musique douce et délicate, quasi-dénuée d’agressivité (à part quelques secondes de chant hurlé sur la magnifique Améthyste), à l’écriture parfois un peu scolaire, mais dont les quelques errances sont compensées par la fragilité touchante de la voix de Neige et la batterie inspirée et dynamique de Winterhalter. Alcest ne déçoit pas et nous gratifie avec ce chaleureux album d’été d’une de ses toutes meilleures offrandes (et accessoirement de la plus belle pochette de l’année).


8 – CONCRETE WINDS – Concrete Winds


Pays : Finlande
Label : Sepulchral Voice Records
Genre : Death metal / Grindcore

La brutalité et le chaos à l’état pur. L’impression d’être propulsé dans une tempête de barbelés rouillés et de bouffer parpaing sur parpaing en pleine gueule. Ça saigne, ça fait mal, ça assomme la tronche, ça tabasse comme une flopée d’uppercuts, ça tranche à coups de lames de rasoir, c’est sale, c’est d’une violence extrême mais qu’est-ce que c’est bon putain !!! C’est Concrete Winds. Et on en redemande !


7 – BEDSORE – Dreaming the Strife for Love


Pays : Italie
Label : 20 Buck Spin
Genre : Death metal / Metal progressif

Les Italiens de Bedsore confirment avec cette dernière livrée toute l’étendue de leur talent. Sur ce deuxième album, le groupe lorgne clairement vers la dimension expérimentale de King Crimson et les structures progressives alambiquées et virtuoses de Emerson, Lake et Palmer.  Rarement aura-t-on vu une telle symbiose entre les codes du rock progressif traditionnel et ceux d’un death metal qui reste au final relativement timide dans le mix. Growls et rythmiques death sont certes de la partie, mais au service d’expérimentations tantôt colorées (Scars of Light), tantôt mélancoliques (Fountain of Venus), toujours audacieuses, soutenues par un mellotron omniprésent et une batterie d’instruments rappelant l’âge d’or du prog rock (clavecin, flûte et même cuivres en tous genres). Comble du vice ? Le tout semblerait presque sorti d’un enregistrement analogique à l’ancienne. Quel bonheur, ces sonorités 70’s et l’émotion vintage qui se dégage de ces pistes inspirées et tortueuses ! Plus qu’à gagner en fluidité dans l’écriture et on sera vraiment dans le haut du panier du death progressif : peut-être au troisième album, traditionnellement celui de la maturité ? Seul l’avenir nous le dira.


6 – PYRRHON – Exhaust


Pays : États-Unis
Label : Willowtip Records
Genre : Death metal technique / Mathcore

Si vous aviez oublié que dissonance rime avec jouissance, les New-yorkais de Pyrrhon viennent vous le rappeler de la plus belle des manières. Une petite claque que ce Exhaust qui vous fait tourner la tête avec sa technicité hors du commun et sa musique imprévisible et jubilatoire : solidement plantée sur des bases death, la formation de Brooklyn lorgne néanmoins de manière insistante sur le mathcore avec des rythmiques exigeantes et des breaks improbables qui rappelleront avec le plus grand des plaisirs les premiers albums de Converge. Un son résolument urbain mais toujours spontané et inspiré, tortueux mais systématiquement pertinent et empreint d’une créativité à toutes épreuves : il suffira pour s’en convaincre d’écouter les formidables effets de guitare et la montée en puissance ébouriffante de Out of Gas, l’impulsivité toute Ministry-enne de Strange Pains ou encore le solo de batterie effréné de l’incroyable Stress Fractures (il a trois poignets ce joueur !). Une écoute jouissive au possible à ranger parmi les plus belles surprises de 2024 !


5 – COSMIC PUTREFACTION – Emerald Fires Atop the Farewell Mountains


Pays : Italie
Label : Profound Lore Records
Genre : Black metal / Death metal / Metal progressif

Il y a des albums dont les qualités ne nous marquent pas spécialement à la première écoute mais qui s’insinuent en nous de manière aussi pernicieuse que fatale : on y revient, conscient d’avoir pu louper quelque chose, encore et encore, dans une ritournelle qui finit par virer à l’obsession. Emerald Fires Atop the Farewell Mountains (quel titre !) est indéniablement de ceux-là. Ayant eu le malheur de sortir le même jour que le dernier Blood Incantation, il m’a longtemps échappé, noyé sous une pile d’écoutes automnales plus spectaculaires les unes que les autres : et pourtant, quel soulagement de ne pas l’avoir laissé sombrer dans l’oubli et l’ignorance ! Car le dernier-né du one-man band italien (décidément !) Cosmic Putrefaction est une véritable petite perle de death metal progressif, un voyage hallucinatoire et épique qui nous emmène aux confins de la raison et fait trembler sur ses bases la tangibilité du monde connu. Monolithique au premier abord, énigmatique et obscur lors des toutes premières écoutes, il révélera progressivement des gemmes cachées aux influences multiples : de riffs rampants et labyrinthiques à la Gorguts surgiront sans crier garde des claviers cosmiques à la Emperor, laissant place à des envolées lyriques bouleversantes soutenues par une basse divine et gothique à souhait. Au terme de cette épopée cosmique de sept pistes, l’auditeur, lessivé mais béat, n’aura plus qu’une idée fixe : presser le bouton “Play”. Encore. Et encore. Et encore.


4 – SELBST – Despondency Chord Progressions


Pays : Chili
Label : Debemur Morti Productions
Genre : Black metal mélodique / Metal progressif

Et au pied du podium, nous retrouvons… du black métal mélodique ?!?!?? Eh oui Jamy, malgré mon aversion bien connue pour le genre, j’ai été soufflé par cet album du one-man band chilien d’origine vénézuélienne Selbst. On y retrouve pourtant plusieurs tics propres au meloblack qui ont habituellement le don de me rebuter (pour rester courtois), avec notamment une certaine tendance à l’emphase, voire au pathos, qui saute aux oreilles dès le premier morceau. Mais cet album se distingue à mes yeux et à mes esgourdes sur deux points : en premier lieu, une véritable authenticité qui ne peut qu’émouvoir, voire bouleverser. Ici, nul besoin de s’enfermer dans un concept ou de recourir à des éléments folkloriques que j’ai tendance à trouver souvent un peu artificiels chez d’autres groupes : juste l’expression musicale d’une tristesse pure et indicible qui plonge l’album dans une noirceur abyssale et sincère. Quelques fantaisies viendront cependant donner du relief à cette sombre offrande (gammes bluesy sur l’intro de When True Loneliness is Experienced, arpèges latins à la guitare sèche sur Between Seclusion and Obsession), mais elles s’intègrent parfaitement à des compositions soignées et poignantes. Ce qui m’amène à la deuxième énorme qualité de l’album, probablement celle qui m’a le plus impressionné : il s’agit, et je pèse mes mots, d’une véritable merveille d’écriture musicale. Les accords et les chansons s’enchaînent dans une progression tellement maîtrisée qu’elle en semble presque naturelle : les riffs (excellents) se construisent par petites touches nuancées avant d’exploser au grand jour, les nombreux temps forts sont parfaitement mis en valeur et les transitions sont tellement subtiles qu’elles en deviennent parfois quasiment imperceptibles. À ce niveau, c’est de la dentelle ! Et c’est pourquoi ce Despondency Chord Progressions (avec son titre des plus explicites) me paraît être une écoute à placer dans la pile de tout amateur de black qui se respecte : vous ne devriez pas le regretter.


🥉 – HAIL SPIRIT NOIR – Fossil Gardens


Pays : Grèce
Label : Agonia Records
Genre : Black metal / Metal progressif

À première vue, ce Fossil Gardens n’a rien de bien spécial : un album de metal progressif cosmique comme il y en a eu tant d’autres l’année dernière, qui ne se distingue ni par sa technicité limitée (avec notamment une section rythmique relativement pauvre), ni par ses qualités d’écriture, entachées par des choix de composition parfois discutables et quelques lourdeurs sur les pistes les plus longues. Bref, une proposition qui aurait pu rapidement sombrer dans l’oubli, éclipsée par une concurrence qui fut plutôt relevée en cet an de grâce 2024. Et pourtant, Dieu que cet album a marqué mon année métal ! D’abord vaguement intrigué, puis lentement séduit et enfin complètement sous le charme, j’ai pris un plaisir monstre à arpenter les jardins stellaires dépeints avec une extraordinaire sensibilité par les Grecs de Hail Spirit Noir. Guidé par une voix grave et suave, enveloppé par des guitares cosmiques et des nappes synthétiques à la production délicieuse, je me suis totalement abandonné à la douceur à la fois réconfortante et mélancolique qui se dégage de cette promenade spatiale d’une émotion rare. Qu’importe la technique, qu’importe la complexité ou les subtilités d’écriture : dans le vide spatial, seule compte la magie ineffable d’une rencontre unique avec la beauté. Et dans l’espace, personne ne vous entendra pleurer. De joie, bien entendu.


🥈 – DOEDSMAGHIRD – Omniverse Consciousness


Pays : Norvège
Label : Peaceville Records
Genre : Black metal / Electro / Metal progressif

Cette année 2024 aurait pu être une belle année pour vous : pas de nouvelle sortie de Dødheimsgard, et donc pas de rabâchage infini de ma part sur le caractère extraordinaire, que dis-je, exceptionnellement incroyable, que dis-je ?!, chef-d’oeuvérique au delà du matériellement possible de tel plan ou telle chanson de Vicotnik et sa bande ! Vraiment, on n’est pas passé loin du soulagement total. Manque de bol pour vous, que n’a-t-on appris à la fin de l’été au détour d’une publication innocente et impromptue de Peaceville Records ? Vicotnik remet ça !!! Entouré cette fois du seul Camille Giraudeau (musicien live pour DHG et figure bien connue de la scène metal avant-garde européenne), le génie norvégien nous propose un nouveau voyage dans des contrées sonores aussi improbables qu’inattendues avec son projet Doedsmaghird (sic). Pendant de DHG encore plus fou et libéral que son modèle, Doedsmaghird nous livre sur ce premier album une proposition complètement dingue et radicale qui ne se refuse absolument rien : de fait, rarement (jamais ?) aura-t-on entendu une telle symbiose entre black metal et électro ! Là où les groupes industriels et avant-garde ont souvent tendance à incorporer des éléments synthétiques à leurs compositions, ici l’électro fait intégralement partie de l’ADN et de la moelle épinière de la musique du duo franco-norvégien pour un rendu sonore absolument unique. Formellement fascinant, ce Omniverse Consciousness se révèle en outre particulièrement inspiré et parvient à nous retourner la tête tout au long d’une dizaine de pistes qui font la synthèse de ce que propose DHG depuis une trentaine d’années : à la folie chaotique et schizophrénique de 666 International s’ajoutent les ambiances cosmiques et éthérées de Black Medium Current ou les progressions aussi complexes que décomplexées de A Umbra Omega. C’est brillant, c’est frais, c’est jubilatoire, c’est émouvant même parfois : c’est un objet musical non identifié que l’on n’est pas prêt d’oublier et que je vous recommande avec la plus extrême des chaleurs !


🥇 – BLOOD INCANTATION – Absolute Elsewhere


Pays : États-Unis
Label : Century Media Records
Genre : Death metal / Metal progressif

Blood Incantation. Comment aurait-il pu en être autrement ? Dès la toute première écoute, j’ai su instantanément que Absolute Elsewhere serait mon album de l’année : les quelques maigres doutes quant à une éventuelle lassitude sur le long terme se sont rapidement estompés à mesure que je me repassais encore et encore la galette avec un plaisir toujours intact. Quel pied extraordinaire, mes aïeux ! Après des préparatifs plus que convaincants sur Hidden History of the Human Race, le quatuor de Denver nous convie ici à une épopée spatiale de très haute volée sur un total vertigineux de… 2 pistes ? Oui mais quels titres ! De véritables montagnes russes aux mille surprises, où s’enchaînent des plans tous plus jouissifs et impressionnants les uns que les autres ! Entre quelques dizaines de riffs death endiablés et jubilatoires (tous réussis !) s’intercalent des breaks progressifs fortement inspirés des années 70 et 80, convoquant tantôt les ambiances expérimentales de la Berlin School de Tangerine Dream, tantôt les vibrations cosmiques et FM du Somewhere in Time de Iron Maiden, plus souvent encore les atmosphères planantes et fascinantes du Pink Floyd de la belle époque. L’ensemble est soutenu par une écriture précise et efficace, et surtout par une production absolument divine qui nous caresse les esgourdes avec générosité et sensualité : je recommande d’ailleurs vivement à tous l’écoute sur platine, le mixage est proprement extraordinaire. Bref, n’y allons pas par quatre chemins : c’est un chef-d’œuvre total dont on se souviendra encore pendant longtemps, un album imparable et inoubliable qui aura marqué de son empreinte de mastodonte cette année 2024 d’ores et déjà réussie. Une écoute impérative, un moment musical unique et bouleversant à côté duquel il serait extrêmement dommage de passer. Profitez pleinement, et bon voyage !

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