TOP 20 METAL 2025 – Astrad (Part 2)


10 – DEAFHEAVEN – Lonely People With Power


Pays : Etats-Unis
Label : Roadrunner Records
Genre : Blackgaze

Et voilà l’un des gros morceaux de l’année pour débuter ce top 10, un album que vous risquez de trouver dans beaucoup de listes cet hiver. La formation californienne de blackgaze Deafheaven nous a en effet livré un véritable monument d’intensité avec ce Lonely People with Power, disque à la production remarquable, à la fois mélancolique et solaire. Même si les compositions ne brillent pas toujours par une grande originalité, elles se distinguent par une puissance émotionnelle hors du commun, portée par des riffs déchirants et un chant tourmenté, à fleur de peau. Leur construction maîtrisée introduit également de véritables explosions d’intensité brute, séquences hautement mémorables de cet album habité (le climax ébouriffant de Amethyst, le mur sonore ultra lumineux de Winona, etc). En bref, Lonely People with Power est un album qui parvient à sublimer la substantifique moelle du blackgaze : sans pour autant la transmuter (à part Body Behavior et, dans une moindre mesure, Revelator, peu de chansons sortent au final des rails traditionnels du genre), il en propose une certaine forme d’aboutissement ultime, un horizon qui semblerait presque indépassable tant la proposition est complète. Et c’est déjà beaucoup.

Chansons préférées : Amethyst / Body Behavior / Doberman


09 – AGRICULTURE – The Spiritual Sound


Pays : Etats-Unis
Label : The Flenser
Genre : Blackgaze avant-garde

Après la déferlante émotionnelle de Deafheaven, place à un autre combo de blackgaze, le plus récent (et plus aventureux) Agriculture : auteurs il y a deux ans d’un premier album éponyme plutôt classique et relativement anecdotique, le quatuor californien revient avec une proposition autrement plus intéressante et intrigante. Aux traditionnelles racines black et shoegaze du genre viennent s’ajouter sur The Spiritual Sound un maelstrom d’influences musicales diverses et étonnantes, allant du punk au rock alternatif en passant par le country folk : en résulte un album résolument foutraque mais à la spontanéité imparable. Brûlots accrocheurs, longues pistes expérimentales et même ballade noise à la My Bloody Valentine s’enchaînent dans un ensemble bigarré mais étrangement cohérent, jusqu’à un morceau final particulièrement poignant où mélancolie et espoir se disputent le fin mot de l’histoire. Une très belle offrande qui nous prend totalement par surprise et qui apporte au blackgaze un vent de fraîcheur salutaire : si Deafheaven a terminé le genre avec Lonely People with Power, Agriculture est déjà en train redessiner ses contours et de repousser ses limites dans un esprit de fusion qui fait fi des démarcations conventionnelles. Avec The Spiritual Spirit, les Californiens ont ouvert une “New Frontier” diablement excitante pour l’avenir : hâte à la suite !

Chansons préférées : The Reply / Micah (5:15am) / Flea


08 – TRHÄ – ∫um’ad∂ejja ∫ervaj


Pays : États-Unis
Label : Autoproduit
Genre : Black metal

Trhä est un projet pour le moins atypique : one-man band fondé en 2020 par l’hyperactif et infatigable Damián Antón Ojeda (qui a déjà changé trois fois de ville cette année – ce mec ne tient pas en place !), le groupe en est déjà à une quarantaine d’albums et de splits sortis depuis, dont pas moins de sept pour cette seule année 2025 ! Si ce rythme stakhanoviste interpelle, ce n’est presque pas grand chose comparé à la teneur insolite de la proposition musicale, un black metal ultra lo-fi aux structures aléatoires, composé en outre dans un langage abscon créé de toutes pièces par l’artiste. Sur le papier, ça a l’air fumeux, et pourtant il suffit de se laisser tenter par une simple écoute pour être immédiatement conquis. ∫um’ad∂ejja ∫ervaj est peut-être l’album qui illustre le mieux la beauté et la singularité de la musique de Trhä : au détour de cinq longues pistes qui donnent libre cours à une inspiration mélodique brute, vertigineuse et sans aucune limite (coucou les mille-et-un twists baroques de Alnú£a), c’est un véritable cri du coeur qui se fait jour, une fulgurance de l’âme jetée au visage d’une industrie devenue parfois trop lisse et consciente d’elle-même. C’est un retour aux sources même du black dans ce qu’il a de plus pur, quand il incarnait encore un cri de révolte et de survivance primal et incarné. Trhä représente le vecteur musical d’un artiste qui se moque des conventions et engage un dialogue à nu, sans aucun artifice ni intérêt parasite (tous les albums ne sont d’ailleurs disponibles qu’en version numérique pour la modique somme d’un dollar) : à ce titre, et même si on n’adhère pas à toutes ses idées (quelques longueurs dans les pistes centrales), ∫um’ad∂ejja ∫ervaj est un album bouleversant de sincérité et d’authenticité. Une offrande aussi passionnante que poignante, à écouter de préférence au casque et dans l’intimité, et qui mérite bien une recommandation des plus chaleureuses :  Trhä, ça vous prend aux tripes et ça vous met en transe ! Intrhällable.

Chansons préférées : Alnú£a / Mëcrans ë∫ solahan / a§d◊ën uva§tgra t‡a pi¶inamëc


07 – CORONER – Dissonance Theory


Pays : Suisse
Label : Century Media Records
Genre : Thrash metal progressif

32 ans ! C’est le laps de temps hallucinant qui sépare Dissonance Theory de son prédécesseur, Grin. Depuis la reformation de Coroner en 2010, on n’attendait plus cet album studio aux allures d’arlésienne mais il est bel et bien là, et c’est un retour fracassant ! La légendaire formation suisse de techno-thrash progressif, contrepoint européen de Voivod dans la jonction entre les années 1980 et 1990, n’a rien perdu de son inspiration, ni de son élégance : la première chose qui frappe à l’écoute de Dissonance Theory est d’ailleurs la sobriété avec laquelle le trio revient aux affaires, bien aidé en cela par une production clinique et efficace. Pas de retour en grandes pompes, pas d’artifices m’as-tu-vu ni de fan-service nostalgique facile, juste la volonté de proposer un thrash moderne, sincère et direct, bien que paré d’atours progressifs toujours pertinents et parfaitement dosés. Ainsi, une composante djent aussi surprenante que bienvenue semble s’inviter sur certaines pistes (Sacrificial Lamb, Renewal), tandis qu’un orgue Hammond discret rôde dans les recoins du premier morceau, avant d’exploser enfin au grand jour lors d’un épilogue totalement jouissif. Après cette longue gestation, les Suisses accouchent donc d’un album admirable et maîtrisé de bout en bout, qui brille à la fois par sa maturité et son ancrage contemporain. Inutile d’appeler le légiste : Coroner est plus vivant que jamais, et bien décidé à en découdre !

Chansons préférées : Sacrificial Lamb / Trinity / Consequence


06 – VEILBURNER – Longing for Triumph, Reeking of Tragedy


Pays : États-Unis
Label : Transcending Obscurity Records
Genre : Black metal avant-garde

Quasiment un an jour pour jour après la sortie de son dernier album, l’intrigant mais perfectible The Duality of Decapitation and Wisdom, Veilburner nous propose cette année de replonger dans son univers malade avec un nouvel opus absolument fascinant. Sur Longing for Triumph, Reeking of Tragedy, le duo américain nous embarque dans un voyage halluciné aux confins de l’entendement, où un black industriel à la Thorns côtoie un psychédélisme noir et obsédant, le tout sur fond de rythmiques à la fois groovy et hypnotiques (cette batterie des enfers sur Pestilent Niche !). Ajoutez à cela une performance vocale spectrale, possédée et terrifiante (qui n’est pas sans rappeler le chant schizophrène d’Aldrahn sur le 666 International de Dødheimsgard) et vous obtenez l’un des albums les plus saisissants de l’année. Si les premières écoutes ne sont pas particulièrement plaisantes (malgré quelques échappées mélodiques qui sonnent comme de véritables respirations), elles créent contre toute attente un sortilège d’envoûtement ineffable qui nous ramène sans cesse à ce disque unique et aliéné, jusqu’à en devenir proprement addict. Une petite merveille de metal expérimental qui confirme le génie brut et singulier de Veilburner et place le duo (déjà très en vue) comme un incontournable de la scène avant-garde contemporaine : à écouter de toute urgence, encore et encore, quitte à en perdre la raison !

Chansons préférées : Pestilent Niche / That Which Crypts Howls Grandeur / …Reeking of Tragedy


05 – YELLOW EYES – Confusion Gate


Pays : États-Unis
Label : Gilead Media
Genre : Black metal atmosphérique

Connus pour leur musique expérimentale et radicale, les New-Yorkais de Yellow Eyes sont revenus cette année à un black atmosphérique à l’aspect plus classique : mais comme vous le savez, les apparences peuvent parfois être trompeuses… Il est vrai qu’à la première écoute de ce Confusion Gate, on retient surtout les vibes old school d’un black metal pastoral à la production boueuse et aux multiples orchestrations folk, qui rappelleront aux amateurs les premiers albums d’Ulver ou certains chefs-d’œuvre de Drudkh. Pourtant, à mesure qu’on progresse dans l’exploration de ce long disque d’un peu plus d’une heure, une certaine étrangeté semble imprégner l’ambiance : par séquences irrégulières, la musique déraille vers cette dimension fantastique et impalpable où le réel chancelle, perd ses repères et bascule dans l’inconnu. Ici, une structure ternaire répétitive s’interrompt brusquement, balayée par un break dissonant insolite et inquiétant ; là, un interlude bucolique à base de bêlements ovins (!) semble s’enfoncer dans les limbes avec l’irruption de nappes synthétiques sidérales. C’est comme si, à l’image de la pochette, une présence diffuse et indéfinissable planait sur cette musique faussement balisée : sans pour autant virer dans une complexité impénétrable, cette tension permanente entre l’attendu et l’incongru confère un relief assez fascinant à un album finalement bien plus riche qu’il n’y paraît. Mieux, elle contribue même à mettre en valeur des séquences d’explosion mélodique qui apparaissent comme autant de “moments de grâce” (pour paraphraser l’une des plus grandes journalistes de notre temps) : on pense par exemple à la magnifique piste A Forgotten Corridor, où les virages tortueux des premières minutes ne servent qu’à faire briller par contraste un riff final épique et bouleversant. Yellow Eyes réussit donc un véritable tour de force avec cet album passionnant et émouvant, qui s’adresse autant aux amateurs de trémolos classiques qu’aux férus d’avant-garde : peu importe le type de black que vous appréciez, vous n’aurez pas d’excuses pour passer à côté de ce formidable Confusion Gate !

Chansons préférées : A Forgotten Corridor / I Fear the Master’s Murmur / The Thought of Death


04 – BETWEEN THE BURIED AND ME – The Blue Nowhere


Pays : États-Unis
Label : Inside Out Records
Genre : Metal progressif

Mais où est-ce qu’ils trouvent toute cette énergie ?! Quatre ans après Colors II, les mythiques pionniers du metalcore progressif Between the Buried and Me reviennent plus en forme que jamais pour nous éblouir avec The Blue Nowhere, un album chatoyant aux mille et une facettes. Préparez-vous à un périple totalement imprévisible au cœur de ce disque plein de surprises, où chaque piste ouvre sur des horizons musicaux différents et insolites (d’un indus poisseux à un bluegrass bien plus chaleureux, en passant par une funk colorée ou une pop éthérée et aérienne). La cohérence de fond de l’ensemble est toutefois assurée par des séquences metal inspirées et techniques qui n’ont rien perdu de leur violence et par une panoplie de refrains à la mélodie saisissante. The Blue Nowhere est un véritable régal, un monument d’audace, de créativité et d’émotion où tout semble devenir possible : amateurs de musique progressive de tous poils ou auditeurs un tant soit peu ouverts et curieux, laissez-vous égarer avec délectation dans ce dédale sonore aussi riche que jubilatoire. Incontournable !

Chansons préférées : Slow Paranoia / Absent Thereafter / Door #3


🥉- ESOCTRILIHUM – Ghostigmatah – Spiritual Rites of the Psychopomp Abxulöm


Pays : France
Label : I, Voidhanger Records
Genre : Black metal symphonique avant-garde

Troisième et dernier one-man band de ce classement, Esoctrilihum, vaisseau-mère du prolifique Asthâgul, s’empare avec brio de la médaille de bronze. Après quelques sorties un poil décevantes, le mystérieux prodige français nous convie cette année à une odyssée hallucinée et impressionnante de presque une heure et demie : nous sommes cordialement invités à nous acquitter d’un ultime voyage aux flancs d’âmes défuntes torturées se ruant en masse vers la psychopompe Abxulöm, afin de subir mille sévices lors de rituels sacrificiels orgiaques pour rejoindre enfin le néant cosmique éternel. Tout un programme ! Pour nous, c’est une plongée vertigineuse dans un univers grandiloquent et fantasmagorique qui semble repousser les limites du temps et de l’espace ; pour Asthâgul, c’était juste un mardi. Tel un peintre damné mais en contrôle total de son sujet, le maestro nous embarque dans une dizaine de fresques baroques et malades, où un black symphonique surnaturel et rocambolesque nous malmène sans aucune pitié, ne relâchant ses mâchoires acharnées que pour nous harceler de twists musicaux cyclopéens et démesurés. On a l’impression d’évoluer dans un tableau dérangé de Jérôme Bosch ou de nous tenir aux premières loges de la terrifiante éclipse de Berserk : c’est complètement fou ! Vous l’aurez compris, Ghostigmatah est un album phénoménal, une expérience unique et indicible, profondément marquante. Pénétrez sa dimension maudite si le cœur vous en dit, mais personne ne garantit à quel degré de démence vous en ressortirez : à vos risques et périls chers amis, et ravi de vous avoir connus en bon état de santé mentale !

Chansons préférées : Orgiastic Sacrificial Mass to Conjur Abxulöm, Psychopomp Supreme / Kneeling Before the Keeper of the Golden Key to the Absolute Void / Hark! The Bewitched Trumpet of the Red Harbinger is Calling the Dead to Gather


🥈- DEFTONES – private music


Pays : États-Unis
Label : Maverick Warner Reprise
Genre : Metal alternatif

Il est difficile d’exprimer avec de simples mots les émotions dans lesquelles nous plonge cet album extraordinaire. Plus de 35 ans après leur formation, les légendaires Californiens de Deftones nous démontrent à nouveau que leur art, subtile fusion entre l’énergie à fleur de peau du nu-metal et l’intensité du shoegaze, déborde toujours autant de sensibilité et de délicatesse. Portée par une production divine et toute en finesse, la bande de Chino Moreno nous embarque dans un voyage intérieur bouleversant au travers d’une douzaine de morceaux qui s’enchaînent presque sans coupure, tel un flux de sensations brutes et indéfinissables : on aurait presque l’impression, à l’écoute de private music, de se laisser glisser dans cet état de semi-conscience qui précède le sommeil ou l’éveil, cet état de vérité profonde où l’être se révèle fugacement à lui-même dans toute sa nudité, sans calcul ni faux-semblant. C’est une oeuvre d’une beauté presque plastique, “translucide” (le terme est d’ailleurs évoqué dans la sublime chanson souvenir), où la pureté de la lumière est sans cesse filtrée par la lourdeur des nappes de guitare et par de nombreux effets de réverbération, avant d’exploser au grand jour sur une piste finale de grunge metal psychédélique planante et grandiose. N’ayant rien perdu de sa superbe (bien au contraire, même), Deftones marque de son empreinte unique cette année 2025 avec un album absolument magnifique, extrait de la matière dont sont faits les rêves.

Chansons préférées : departing the body / souvenir / milk of the madonna


🥇- TÓMARÚM – Beyond Obsidian Euphoria


Pays : États-Unis
Label : Prosthetic Records
Genre : Black death metal progressif

Sans grande surprise, le somptueux Beyond Obsidian Euphoria de Tómarúm est l’album de cette année 2025. Et quelle putain de merveille ! Trois ans après leur premier opus, le très prometteur Ash in Realms of Stone Icons, le combo progressif d’Atlanta nous en livre cette année la séquelle avec ce concept album absolument déchirant. Non contents de nous étourdir avec leur mélange de black prog et de death metal technique ultra virtuose (on pourrait passer des existences entières à essayer de reproduire ces lignes de gratte ou de batterie stratosphériques), les Américains nous emportent dans un ouragan émotionnel d’une intensité rare, où violence brute et sensibilité pure se rendent coup pour coup dans un affrontement épique digne des plus grandes oeuvres de fantasy. On se laisse embarquer dans un vortex ébouriffant au long de ces quatre longues pistes, elles-même découpées en plusieurs mouvements à la manière du rock progressif old school, où des sentiments aussi puissants que contradictoires nous assaillent sans discontinuer, nous atteignant jusqu’au plus profond de notre chair et de notre âme. Les ambiances et les sensations varient dans un maelstrom musical à la fois imprévisible et pertinent, comme lors de l’impressionnante transition entre Blood Mirage et Halcyon Memory, où l’on passe de manière extrêmement cohérente d’une lutte homérique pour la survie à une séquence de contemplation introspective et nostalgique. Beyond Obsidian Euphoria est un album profondément marquant, beau à en pleurer (littéralement), auquel il convient de laisser un peu de temps pour en saisir toutes les subtilités mais qui saura vous rendre chacun de ces instants de patience au centuple. Et dire que ce n’est que la deuxième offrande d’une formation encore très jeune : que d’espoir pour l’avenir ! Un chef-d’oeuvre total et immanquable qui vous amènera au-delà de l’euphorie : tout simplement bouleversant !

Chansons préférées : Silven, Ashen Tears / Shallow Ecstasy / Halcyon Memory: Dreamscapes Across the Blue

Réponse

  1. […] la composition, la maîtrise, la haute technicité des californiens. De la voltige tout simplement, comme l’a si bien présenté l’acolyte Astrad, notre spécialiste outre-atlantique. « Du génie » vous dites ? Peut-être […]

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