TOP 20 METAL 2025 – Astrad (Part 1)


20 – SIGH – I Saw the World’s End: Hangman’s Hymn MMXXV


Pays : Japon
Label : Peaceville Records
Genre : Black metal symphonique avant-garde

On démarre les hostilités avec un grand classique, une légende venue du Pays du Soleil Levant : avec plus de 35 ans de carrière (quel chemin parcouru depuis leur signature chez Deathlike Silence, le label d’Euronymous !), les Japonais avant-gardistes de Sigh n’ont plus rien à prouver et ont décidé cette année de se faire plaisir. 3 ans après la sortie de Shiki (une petite perle de black prog, soit dit en passant), le groupe s’est attaqué à l’un de ses propres monuments en décidant de réenregistrer l’intégralité de Hangman’s Hymn, sorti en 2007, avec une production plus moderne. Le résultat est enthousiasmant : on retrouve avec plaisir cette tornade d’énergie et d’inventivité dans une version certes un peu moins chaotique que l’originale, mais qui gagne en contrepartie à la fois en lisibilité et en intensité. Les riffs blacks mâtinés de thrash n’ont jamais été aussi tranchants (et, associés à quelques incursions synthétiques, font parfois penser à la production incisive du Supervillain Outcast de DHG, sorti à peu près à la même époque), tandis que les orchestrations déjantées qui émaillent le disque n’ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur grandiloquence. C’est donc un Sigh en très grande forme qui ouvre le bal de ce top 2025, avec une 20ème place quasiment honorifique compte tenu de la nature particulière de l’album mais néanmoins amplement méritée.

Chansons préférées : Death With Dishonor / Introitus Kyrie / Me-Devil


19 – ASIRA – As Ink in Water


Pays : Royaume-Uni
Label : Autoproduit
Genre : Metal progressif

Huit ans après leur premier album Efference (tout de même !), la formation progressive britannique Asira nous livre cette année une deuxième offrande avec ce très joli As Ink in Water. Mêlant successivement sections douces et mélodiques (parfois même contemplatives) au chant clair envoûtant et parties black d’où surgissent à la fois violence et mélancolie, la musique d’Asira s’inscrit dans un schéma désormais classique qui devrait rappeler des souvenirs aux amateurs d’Opeth et consorts. Mais malgré ce léger manque d’originalité et une écriture parfois un peu laborieuse, l’album regorge de véritables moments de beauté musicale : l’émotion jaillit fréquemment au détour d’un interlude ou d’un chorus particulièrement entêtant. Le disque bénéficie également d’une production soignée qui, non contente de faire briller une basse très inspirée dans le mix, confère en outre une chaleur réconfortante de prog rock 70’s aux nombreux soli de guitare qui constellent et subliment les compositions. As Ink in Water est donc un album relativement inoffensif mais profondément attachant, à écouter en toute sérénité au coin du feu lors des longues soirées d’hiver à venir.

Chansons préférées : In Sunrise / Silence of Mind / Cauterise


18 – SILENT MILLENIA – Celestial Twilight: Beyond the Scarlet Veil


Pays : Finlande
Label : Autoproduit
Genre : Black metal symphonique

Vous le sentez, ce doux parfum de black old school des années 90 ? En plus de nous gratifier d’une des pochettes les plus kitch de la décennie, le one-man band finlandais Silent Millenia, mené par un certain Abhorrentius, met en effet les bouchées doubles sur ce second album pour nous faire revivre le charme suranné de la second wave de black metal. Naviguant quelque part entre la puissance mélodique épique d’Emperor et la grandiloquence cosmique d’Arcturus, ce Celestial Twilight reprend l’ensemble des codes du black symphonique pour nous embarquer dans un périple interstellaire sans grande surprise mais diablement efficace. Les compositions sont pêchues, accrocheuses et jusqu’au-boutistes, ne lésinant pas sur les nappes de synthé pour nous mettre sur orbite. Silent Millenia délivre ici un album jubilatoire, à l’écriture solide et aux références assumées, sans pour autant sombrer dans la ringardise et la nostalgie facile : un plaisir à peine coupable, à ne pas bouder !

Chansons préférées : Enthrone the Spectral / Reign in Cosmic Majesty / Benighted Path to Darkness Mysterium


17 – BYONOISEGENERATOR – Subnormal Dives


Pays : Russie
Label : Transcending Obscurity Records
Genre : Brutal death metal / Jazzcore

I have some brutal death. I have some jazz. Uh ! Brutal death metal jazzcore ! Assumant à fond cette fusion encore plus improbable que Gotenks, les Russes de ByoNoiseGenerator nous livrent sur ce Subnormal Dives une proposition aussi agressive que déconcertante. Pas grand chose de plus à rajouter à cette description, il faut l’écouter pour le croire : pendant un peu plus de 20 minutes, le combo de Perm alterne ainsi ultraviolence et sections de free jazz tantôt urgentes, tantôt apaisantes, dans un maelstrom musical ébouriffant et déjanté. Les rythmiques sont divines, portées par une batterie jazz extrêmement inspirée, et même si l’album peut parfois sembler un poil redondant, il n’en témoigne pas moins d’une réelle fraîcheur artistique. Un objet musical non identifié, unique et barré, à écouter au moins une fois, par curiosité, ou ne serait-ce que pour faire honneur à cette pochette de toute beauté !

Chansons préférées : LoveChargedDiveBombs / UVB-76 / Eb (D#)


16 – HOODED MENACE – Lachrymose Monuments of Obscuration


Pays : Finlande
Label : Season of Mist
Genre : Death doom metal / Heavy metal

Figure centrale de la scène death doom contemporaine, le combo finlandais Hooded Menace revient cette année avec un son plus mélodique que jamais. Même s’il baigne toujours dans une atmosphère lourde et gothique à souhait, Lachrymose Monuments of Obscuration se permet en effet de nombreuses incursions heavy qui confèrent à l’album une ampleur et une ambivalence particulières. Les compositions, si elles souffrent parfois de quelques longueurs, parviennent néanmoins à nous accrocher grâce à un riffing absolument exceptionnel (avec des thèmes marquants qui restent en mémoire longtemps après l’écoute), mais aussi par le biais de twists inattendus, constituant autant de passerelles subtiles entre les genres. Une réussite qui confirme aussi bien le statut de Hooded Menace que ses velléités de maturation musicale : les nuits sans lune des débuts ont cédé leur noirceur à une lueur spectrale et entêtante, qui aura contribué à illuminer de ses feux blafards cette belle année metal 2025.

Chansons préférées : Portrait Without a Face / Daughters of Lingering Pain / Into Haunted Oblivion


15 – HEXROT – Formless Ruin of Oblivion


Pays : États-Unis
Label : Transcending Obscurity Records
Genre : Black death metal avant-garde

Si vous êtes allergique au metal avant-garde et à la musique expérimentale en général, vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenu : là, on est sur du très costaud ! À l’image de sa pochette, le premier album du duo américain Hexrot est en effet une oeuvre complexe, jusqu’au-boutiste et profondément hermétique qui divisera même parmi les amateurs chevronnés de musique progressive. L’introduction annonce déjà la couleur, entre syncopes étourdissantes, ruptures rythmiques incessantes et dissonances à tout-va. Puis, c’est un flot sonore continu, labyrinthique et bizarroïde qui s’abat sur l’auditeur déconcerté pendant ces quelques 35 minutes de chaos (avec seulement deux intermèdes vaguement contemplatifs et inquiétants pour lui permettre de reprendre son souffle). Pourtant, la proposition, aussi radicale soit-elle, ne vire jamais dans l’élitisme et transpire même une certaine forme de sincérité et de spontanéité : ça sonnerait presque comme la version black death d’un King Crimson au pic de ses expérimentations (on jurerait d’ailleurs entendre les effets de guitare caractéristiques de Robert Fripp sur certains plans). Plus qu’une simple démonstration technique, Formless Ruin of Oblivion incarne finalement une forme d’aventurisme musical poussée à son paroxysme : qu’on l’apprécie ou pas, cette première offrande singulière ne laissera pas indifférent et pourra, sait-on jamais, procurer un plaisir aussi intense qu’inattendu à qui osera explorer ses méandres troublants et obscurs.

Chansons préférées : Formless Ruin of Oblivion / What Lies Veiled / Consecrating Luminous Deflagration


14 – GRIDLINK – Perfect Amber


Pays : États-Unis
Label : Willowtip Records
Genre : Grindcore technique

L’histoire de Gridlink est tumultueuse : après s’être séparé une première fois en 2014 suite aux soucis de santé de son guitariste génial Takafumi Matsubara, le groupe légendaire du New Jersey s’est finalement reformé il y a trois ans, le temps de sortir le remarquable Coronet Juniper en 2023, avant de splitter à nouveau. En cause : le comportement et l’idéologie plus que controversée du chanteur Jon Chang qui aura réussi à faire fuir l’ensemble de ses compères, lesquels ont fondé depuis le groupe Barren Path (d’ailleurs à l’origine d’un autre très bon album de grind sorti cette année, Grieving). Bref ! Un bien beau merdier. C’est donc en hommage quasi-posthume à ce monument du grindcore technique que l’excellent label Willowtip Records nous propose cette année de redécouvrir les deux premiers albums du groupe, Amber Gray et Orphan, dans un nouveau format : Perfect Amber est d’abord un remix des opus d’origine (avec une production exceptionnelle à l’intensité rare), mais aussi un réenregistrement partiel, avec de nouvelles lignes de guitare et de basse qui confèrent à ce cru 2025 une dimension différente. On (re)plonge avec réjouissance dans ce grindcore sans concession, ultra rapide et agressif, et en même temps tellement inspiré : les compositions jouent la carte de la concision extrême tout en proposant un développement souvent surprenant voire quasiment progressif dans l’esprit. Il n’est ainsi pas rare que 4 ou 5 thèmes différents s’enchaînent sur des structures rythmiques variées et complexes, le tout en moins d’une minute ! Cerise sur le gâteau : tout comme sur Coronet Juniper, la galette contient également des versions instrumentales des chansons (ironiquement estampillées “Karaoké” – quand on vient d’écouter la performance vocale de Chang, il y a de quoi sourire), qui permettent de mieux saisir encore la technicité hors pair des musiciens. Un grand album, qui aurait pu se classer plus haut dans le top eût-il été à 100% original, mais qui ne s’en voit pas moins chaudement recommandé à tout amateur de musique extrême un tant soit peu tolérant à l’ultraviolence la plus totale.

Chansons préférées : Amber Grey / Dar Al-Harb / Embers, Blood and Treasure


13 – SEVEN SISTERS – Shadow of a Fallen Star Pt.2


Pays : Royaume-Uni
Label : Dissonance Productions
Genre : Heavy metal progressif

Qui n’est jamais passé par la case heavy dans son parcours initiatique de métalleux néophyte ? Qui pourra se targuer de n’avoir jamais éprouvé de passion adolescente pour Iron Maiden, Judas Priest ou autres fiers représentants de la New wave of British heavy metal ? Une phase de profonde insouciance et d’exploration avide où tout semblait possible. Une époque qui reste chère à nos coeurs de mélomanes endurcis. C’est dans cette fibre nostalgique et consolatoire que s’inscrit la musique de Seven Sisters : reprenant les codes du heavy progressif des années 1980 (incluant soli intersidéraux et synthés old school), le groupe britannique nous embarque dans un voyage cosmique où l’émerveillement et la candeur imprègnent chaque mesure. Un disque à la sincérité si touchante que les quelques imperfections dans la voix ou la production en deviennent accessoires : mieux, elles contribuent à rendre l’ensemble plus authentique. On se laisse porter avec enchantement par les 38 minutes de cet album astral, et notamment par sa dernière piste aux allures de fresque stellaire, un pur plaisir de musique progressive. Un grand merci à Charon pour la découverte de cette pépite et pour ce retour en adolescence : see you in hell, space cowboy !

Chansons préférées : Andromeda Descending (A Fallen Star Rises) / Heart of the Sun / Solar Winds


12 – NUCLEAR DUDES – Truth Paste


Pays : États-Unis
Label : Autoproduit
Genre : Cybergrind

Année prolifique pour le duo californien Nuclear Dudes, avec deux albums au compteur dont cet incroyable Truth Paste. Aucune prose ne pourrait rendre compte comme il se doit de ce condensé de violence, une petite vingtaine de minutes qui nous entraîne dans un tourbillon de brutalité invitant pêle-mêle grind, electro et mathcore pour nous retourner la tronche sans la moindre vergogne. Les pistes s’enchaînent dans un vortex boosté aux amphétamines et aux samples de séries B sans nous permettre de reprendre notre souffle, jusqu’à un grand final qui ralentit enfin le rythme mais troque ce sentiment d’urgence contre une ambiance malsaine et glauque au possible. Par pur instinct masochiste, l’auditeur aura bien du mal à résister à la tentation de se remettre un shoot de cette petite perle de cybergrind en intraveineuse, encore et encore : vous l’aurez compris, Truth Paste est un album addictif et jouissif à souhait, à consommer sans modération !

Chansons préférées : Space Juice / Concussion Protocol / Holiday Warfare


11 – IMPERIAL TRIUMPHANT – Goldstar


Pays : États-Unis
Label : Century Media Records
Genre : Black death metal avant-garde

Fer de lance d’un black avant-garde dissonant et jazzy, l’incontournable Imperial Triumphant revient cette année avec une formule un peu plus accessible qu’à l’accoutumée. Même si on regrette un peu la dimension expérimentale jusqu’au-boutiste des anciens albums (poussée à l’extrême sur le précédent opus, l’exquis Spirit of Ecstasy), il est néanmoins plus que plaisant de se délecter à nouveau de cette ambiance art-déco dégénérée, avec des pistes certes plus courtes et plus directes que d’habitude mais qui n’en reprennent pas moins les ingrédients qui ont fait la renommée du trio new-yorkais : rythmiques exigeantes portées par une batterie jazz metal ultra technique, samples vintage émis par un phonographe des années folles, et surtout écriture débridée brillant par son inventivité et n’hésitant pas à naviguer en toute liberté entre les genres, même les plus insolites (inoubliable break de maracatu brésilien sur Pleasuredome !). Même s’il nous laisse un peu sur notre faim avec ses 38 minutes (seulement), Goldstar confirme s’il en était encore besoin le talent immense de Imperial Triumphant, avec un ensemble de morceaux plus abordables et clairement taillés pour le live (comme nous l’a confirmé un excellent set au Motocultor cet été). Si vous n’êtes pas encore familier avec la musique unique et folle de ce groupe inclassable, c’est donc l’occasion parfaite de la découvrir et de plonger enfin dans les avenues animées, les halls feutrés et les piano-bars enfumés de la grandiose Metropolis !

Chansons préférées : Pleasuredome / Rot Moderne / Hotel Sphinx

Réponse

  1. […] une place près dans le classement, nous étions pratiquement raccord avec mon cher acolyte Astrad, qui a exposé avec justesse et clairvoyance toute la magnificence de cet album ! Une écoute vaut mille mots alors je recommande à mon tour de se plonger dans la musique de […]

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