
Vous ne savez plus quoi écouter pendant les vacances (pour les plus chanceux d’entre vous) ? Pas de panique ! Notre sémillant curateur de metal français Charon vous propose quelques pistes à travers une petite rétrospective de son année 2024. En voiture Marty, c’est parti !
10 – LES BÂTARDS DU ROI – Les Bâtards du Roi

Pays : France
Label : L’Ordalie Noire
Genre : Black metal mélodique
Vous vous en doutiez certainement mais ça serait mentir de ne pas inclure cet album dans mon classement de l’année. Les Bâtards du Roi m’ont accompagné tout au long de 2024 et je conçois cet album éponyme un peu comme une révélation. Peut-être aussi parce que j’ai eu l’occasion de voir le groupe en live à deux reprises. Un groupe jeune, certes, mais très passionné, qui a réussi à créer sa propre identité et son folklore sur scène. On sentait qu’ils voulaient nous transmettre toute leur volonté et rien que ça c’est touchant. Leur premier album repose sur des compositions assez simplistes mais ultra efficaces, aux riffs accrocheurs et aux refrains épiques, qu’on finit par retenir et chantonner dans notre vie de tous les jours, c’est pas merveilleux ça ? Leur black metal mélodique est très accessible au plus grand nombre mais se distingue par sa recherche d’écriture poétique qui nous plonge dans le Moyen-Âge noir et crasseux. Les paroles nous invitent à prendre part au combat, à faire régner la justice, à traquer les maudits. On a presque envie de grimper sur sa monture dès que le forgeron a terminé d’aiguiser nos lames. L’alternance de chant, hurlé et clair, fonctionne en tout point mais est à double tranchant selon l’oreille. Les Bâtards du Roi est une petite merveille et un album résolument prometteur qui marque le point de départ d’un groupe de jeunes chevaliers en quête de lumière, que je vais continuer de suivre avec le plus grand intérêt…
9 – 200 STAB WOUNDS – Manual Manic Procedures

Pays : Etats-Unis
Label : Metal Blade Records
Genre : Brutal Death Metal
Merci à Astrad de m’avoir fait découvrir 200 Stab Wounds, une belle découverte qui illumine ce top 10 ! Manual Manic Procedures est un album d’enfer, terriblement efficace, d’une précision chirurgicale. Un son brutal, taillé sur mesure, horrifique : du death qui va vous faire aimer le death ! Je suis conquis ! Un seul souhait pour l’avenir : voir ce groupe en live !
8 – A/ORATOS – Ecclesia Gnostica

Pays : France
Label : Les Acteurs de l’Ombre
Genre : Black metal mélodique
Dans la lignée de la farandole des groupes français, j’ai l’honneur de vous présenter A/Oratos et leur premier album Ecclesia Gnostica. En toute transparence, c’est aussi un coup de coeur – ou devrais-je dire un coup de poignard en plein coeur ? Littéralement émerveillé, subjugué à la première écoute de cet album, qui depuis ne cesse de me poursuivre pour m’attirer vers le saint rite. De quoi s’agit-il exactement ? Du black mélodique mais qui détonne par son aspect très lumineux et solennel, au point que les compositions sonnent comme un enchantement clair. Exit les enfers, out Satan et sa bande de crapules ! Bon rassurez-vous on n’est pas non plus dans le sacro-saint white metal. Musicalement, nous avons affaire à des partitions oniriques, basse en avant, choeurs en fond, passages langoureux presque acoustiques – avec en prime ce superbe moment instrumental quasi néo-classique sur la dernière piste Le Septième Sceau, du génie ! Le credo de A/Oratos, ce sont les écrits gnostiques et un certain penchant pour les arts sacrés et divinatoires antiques, thème qui m’a séduit d’emblée. Dès le début avec Le Hiérophante (prêtre spécialiste des mystères du Sacré), la cadence est lancée. Deuteros est d’une incroyable originalité car chantée à la fois en grec et en français. Tout est hyper bien agencé, réfléchi : c’est somptueux. Je vous invite vraiment à découvrir ce groupe, qui sur scène est revêtu de toge romaine et maquillé d’or, pour libérer votre esprit et peufiner votre clairvoyance. Ecclesia Gnostica est de toute évidence une réussite, une écriture intellectuelle et philosophique, emplie de mysticisme, ponctuée de louanges et de supplications. Bref la boîte de Pandore du black metal !
7 – HOULE – Ciel Cendre et Misère Noire

Pays : France
Label : Les Acteurs de l’Ombre
Genre : Black metal mélodique
Inutile d’en faire des tonnes : après un premier EP remarqué et annonciateur, le premier album de Houle s’est abattu sur la France et le reste du monde tel un raz-de-marée. Une imagerie très forte, centrée sur l’océan, ses abysses, son côté imprévisible, qui ravage et engloutit les Hommes tel un Léviathan venu des profondeurs. Voix stridente qui résonne dans les airs, une performance vocale sidérante : on se laisse gentiment hanter par ce chant de la sirène Adsa au rythme frénétique des guitares. Chaque titre de l’album raconte une histoire, une anecdote et nous confronte dans notre relation singulière avec les éléments. Comment faut-il interpréter cet album ? Un mauvais présage ? Un avertissement ? Une rédemption ? Une folie ? Peut-être tout ça à la fois… Houle parvient à nous transporter par-delà les mers jusqu’au point de non-retour : on adore ça et on en redemande, quitte à boire la tasse. Désormais Ciel Cendre et Misère Noire fait déjà office de référence dans le paysage black metal français !
6 – NECROWRETCH – Swords of Dajjal

Pays : France
Label : Season of Mist
Genre : Black metal / Death metal
Et on retrouve en sixième position, le fameux et tranchant Swords of Dajjal de Necrowretch ! Encore un album d’une très grande qualité qui m’a laissé pantois ! Quelle puissance, quelle justesse, quel déchaînement ! Qu’est-ce qui est mieux que le black ou le death metal ? Eh bien le black ET le death metal ensemble ! Un album sauvage, d’une ferveur redoutable, à consommer brûlant !
5 – WAR INSIDE – Almighty Earth

Pays : France
Label : L’Ordalie Noire
Genre : Black metal / Death metal
Restons dans le même registre que Necrowretch pour acclamer War Inside, qui décroche la cinquième place pour leur très tempétueux Almighty Earth ! Ultra prenant et oppressant, les chevaux sont lâchés en moins de deux et le chaos se répand à vitesse grand V. Du chant à la fois gras et hurlé, crié et growlé, des guitares qui tabassent et une batterie surnaturelle, au service d’un album qui révèle peu à peu sa complexité et sa noirceur. Un petit côté doom semble même pointer le bout de nez – ce qui n’est pas pour me déplaire. Une belle performance et un excellent cru de nos Nantais qui signent une galette déroutante et percutante !
4 – INFERN – Turn of the Tide

Pays : France
Label : Dolorem Records
Genre : Old School Death metal
Vous aviez prévu un rendez-vous chez l’osthéo ? C’est bien dommage. Les Bretons d’Infern en ont décidé autrement et foutent en l’air vos plans. Fini de rigoler, pas le peine de préparer le terrain, les mecs s’en chargent. Premier album de cette formation et il a de quoi faire voler en éclats votre beau squelette. Une rage démesurée, des spécialistes du death chauffé à blanc, des compos haineuses et c’est parti pour 40 minutes de déferlement. Les mecs s’en donnent à coeur joie pour faire de la haute voltige avec vos cervicales ! Ambiance pachydermique, riffing acéré, on suffoque, on étouffe, on transpire. Les amateurs de Deicide, Asphyx et Obituary reconnaîtront d’emblée les influences de ce death qui décape. Efficacité garantie ! Véritable rouleau compresseur, Turn of the Tide arrive largement à la cheville des plus grands et dépoussière les fondements (quels qu’ils soient) sans jamais tomber dans une quelconque forme de redondance. Sur ce, ce fut un plaisir de vous avoir connu !
🥉 – ULVER – Liminal Animals

Pays : Norvège
Label : House of Mythology
Genre : Ambient / Synth-pop
Quel plaisir de retrouver Ulver autour de cet album complet et personnel ! Dans la lignée des précédents opus (notamment le fameux Flowers of Evil), on retrouve toute l’ambiance particulière qui est chère au groupe. Des partitions délicates, raffinées, accompagnées de samples electro smooth, des sonorités jazzy… Un florilège réconfortant qui va droit au coeur. Lâchez prise et pénétrez dans l’univers familier d’Ulver, mêlant chants clairs entraînants, voyages fantasmagoriques, parenthèses expérimentales. Une vraie réussite, un coup de coeur !
🥈 – DARKSPACE – -II

Pays : Suisse
Label : Season of Mist
Genre : Ambient / Black metal
Je ne vais pas m’étendre sur le sujet et il est complètement évident que Darkspace soit dans le top 3 2024. Les Suisses ne se prennent pas la tête à chercher des noms d’albums, des titres de pistes musicales, tout ça c’est superflu. L’essentiel c’est le concept, l’intégrité du trio de ces génies du black metal. Une seule piste, terminé ! Là encore Darkspace fixe les règles et repousse les limites. Une seule piste de 47 minutes, pas d’échappatoire, avance et recul rapide impossible. Une piste qui se termine comme elle a commencé, nous obligeant à voyager dans la matière noire, sans point de repère, sans but, sans espoir. Glacial et inquiétant, cet album, riche en samples aseptisés et cliniques, est littéralement dénué d’humanité. Une cadence mécanique, robotique, nous fait perdre le contrôle pour sombrer dans un océan spatial hostile. Une fois de plus, Darkspace déploie tous ses attributs et confirme sa haute maîtrise du sujet et toute son ingéniosité spectrale. Faites révérence !
🥇 – TIME LURKER – Emprise

Pays : France
Label : Les Acteurs de l’Ombre
Genre : Black metal
Et tout le mérite et la reconnaissance vont droit à Time Lurker pour ce second album qui s’impose telle une clé de voûte essentielle. Ce one man band, originaire de Strasbourg, est très talentueux dans son domaine de prédilection, le black metal pesant et malfaisant. Un album très personnel, introspectif, qui rappelle à l’homme son combat perpétuel mais néanmoins perdu contre ses démons. Caractérisés par une rythmique répétitive, certains titres (Cavalière de Feu, Poussière Mortifère, Disparais, Soleil) sont en outre accompagnés au chant par une soliste. Les paroles sont inaudibles, le chant crié et caverneux, des plaintes lugubres résonnent… L’album tout entier est une porte d’entrée vers les ténèbres les plus froides, où chacune des entités semble vous poursuivre à jamais, sans aucun moyen de s’en débarrasser. Le cauchemar absolu ! Un album court certes mais qui réussit à vous transporter dans une autre dimension tellement sa rigidité et sa noirceur vous glacent le sang. La dernière piste Fils sacré, véritable pièce maîtresse, clôture magnifiquement cet album et s’inscrit comme un hommage au black metal norvégien des années 90. Je suis fan en tout point : à la fois beau et effrayant, Emprise ne fera certainement pas l’unanimité, restera peut-être à jamais bien loin des ovations mais c’est aussi pour cela que son style unique et remarquable en font un chef d’œuvre incompris !

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