
Pays : France
Sortie : 10/10/2025
Label : Nuclear Blast Records
Genre : Darksynth
Chroniqué par Astrad
La synthwave : une étoile filante qui aura traversé le ciel des années 2010, laissant dans son sillage une nébuleuse de rêves nostalgiques et réconfortants. Une éruption éphémère et adolescente de pur plaisir coupable, diluée dans la lueur vaporeuse de néons brumeux et violacés. Hélas, le début des années 2020 fut sans pitié pour ce courant aussi intense que fugace, victime d’un essoufflement artistique prévisible voire inexorable : face à ce déclin fatidique, certains tentèrent de persister coûte que coûte dans la voie du revival 80’s, quitte à s’enfermer dans une caricature de leur propre musique. Carpenter Brut, déjà au sommet de son art sur ses premiers EP, fut malheureusement de ceux-là, coupable d’un Leather Terror particulièrement redondant et désolant.
Perturbator, l’autre pape de la synthwave, choisit une autre voie : en allant piocher dans les codes du post-punk et du gothic rock, il proposa avec Lustful Sacraments une alternative séduisante à son style traditionnel, gagnant aussi bien en maturité qu’en élégance. Un effort inspiré et gagnant qui ne laissait alors présager que du meilleur pour la suite. Quatre ans plus tard (et après une collaboration anecdotique avec Johannes Persson de Cult of Luna), Perturbator revient aux affaires avec Age of Aquarius, un tout nouvel opus sur le thème de la guerre (original) : malgré sa pochette des plus hideuses, la magie opérera-t-elle à nouveau ?
La galette débute par une piste sobrement intitulée Apocalypse Now (sic) et portée par le chant de Kristoffer Rygg (Ulver), qui semble décidément abonné aux guest appearances sur des projets de synthwave : des beats en mid-tempo, des nappes synthétiques qui se déploient sans imagination, ponctuées par quelques breaks inoffensifs et attendus. Bon : c’est un opening extrêmement classique et somme toute largement oubliable mais à ce stade, on ne perd pas encore espoir pour la suite. Arrive la deuxième track, et c’est là que les choses commencent à devenir franchement inquiétantes. Lunacy ressemble en effet trait pour trait à ce qu’aurait pu pondre une IA si on lui avait demandé de générer une chanson typique de Perturbator sortie entre Dangerous Days et The Uncanny Valley : tous les gimmicks habituels sont réunis dans une piste qu’on a déjà eu l’impression d’entendre cent fois auparavant. Et c’est à ce moment que le drame de l’album commence à se faire jour.
Car si James Kent avait réussi à évoluer et innover avec goût sur sa précédente offrande, Age of Aquarius marque une régression brutale, un triste retour au bercail qui sonne comme un aveu d’échec et d’impuissance. Les pistes s’enchaînent sans passion, en mode automatique, respectant un cahier des charges à la fois convenu et désincarné : on y retrouve pêle-mêle quelques supposés bangers (comme le single The Art of War, qui ne prend jamais), plusieurs pauses pseudo-contemplatives se complaisant dans une ambiance à la Blade Runner désormais éculée, ou encore la traditionnelle collaboration avec Greta Link, toujours sans la moindre surprise. Les quelques rares chansons qui tentent de sortir des rails peinent à convaincre : Mors Ultima Ratio et ses nombreuses césures donnent plus une sensation de fouillis que de progression vraiment maîtrisée, et la conclusion éponyme composée avec Neige (Alcest), censée être un final à la fois lyrique et intimiste, s’apparente hélas plus à la bande originale d’un Avatar de seconde zone.
Seuls quelques moments parviennent à retenir ça et là notre attention : The Glass Staircase notamment, hypnotique, intrigue et survole le marasme. C’est cependant bien trop maigre pour sauver un album terne, artificiel, sans direction et sans idées. Perturbator, en panne d’inspiration, nous livre une copie médiocre, préférant se reposer sur ses acquis plutôt que de poursuivre l’exploration musicale réjouissante qu’il avait précédemment entamée. Une déception cuisante et sans appel.
Note : 2.0/5.0

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