
Pays : Etats-Unis
Sortie : 12/09/2025
Label : Inside Out Music
Genre : Metal progressif
Chroniqué par Astrad
“Fever dream”. C’est sur ces deux mots que débute ce onzième album de Between the Buried and Me, deux mots qui parcourront d’ailleurs la galette tel un mantra, annonciateurs d’un chaos auditif aussi déroutant que jubilatoire. Car c’est bien à un rêve fiévreux que nous convie le désormais quartet de Caroline du Nord, une promenade labyrinthique dans les couloirs bleutés d’un hôtel aux contours flous, où chaque porte s’ouvre sur une dimension auditive différente, aventureuse et imprévisible.
Ce qui frappe de prime abord à l’écoute de The Blue Nowhere, c’est ce sentiment de liberté totale qui semble émaner de chaque piste : le choix du concept album, loin de cantonner l’album à un cahier des charges précis, semble au contraire être un prétexte à la licence musicale et à la folie créatrice. Le groupe ne s’impose aucune limite et navigue entre les genres au fil de son inspiration, sans se poser de question : si les racines metalcore des Américains sont encore bien présentes, elles côtoient tour à tour les rythmiques bondissantes d’un funk jazzy (Things We Tell Ourselves in the Dark), la chaleur latine d’un plan de flamenco qui débarque sans prévenir (Door #3) ou encore un hallucinant tourbillon de bluegrass qui empeste la sueur et le tabac sur Absent Thereafter (l’un des joyaux de l’album). Cerise sur le gâteau : le quatuor se permet même une ballade pop-rock au schéma ultra-basique sur la chanson éponyme qui, si elle sentait un peu la faute du goût lors de la sortie single, s’insère finalement très bien dans le contexte de l’album.
Ce mélange des genres est également, bien sûr, une composante essentielle de la construction progressive des pistes : ainsi, alors que l’introduction de Beautifully Human convoque à parts égales Tangerine Dream et Linkin Park (oui oui), l’excellente God Terror évolue quant à elle d’un son industriel poisseux vers un breakdown rageur avant de virer brusquement sur un segment bizarroïde, technique et tortueux à la Emerson, Lake and Palmer. Le vice est poussé à l’extrême sur l’impressionnante Slow Paranoia (peut-être ma piste préférée de l’album), morceau de bravoure de presque 12 minutes qui fait la part belle aux expérimentations en tous genres : theremine, xylophone, clavecin et violons s’enchaînent dans un déferlement de plans burlesques avant de glisser progressivement vers l’ultraviolence, jusqu’à la libération salutaire, surgissant sous la forme d’un break townsendien aérien et éthéré.
Face à tant de volte-faces musicales, la tentation de la pure démonstration technique aurait pu être grande, mais Between the Buried and Me ne tombe jamais dans le traquenard classique du metal progressif, préférant faire la part belle à l’émotion. Grâce, d’abord, à l’inclusion de plusieurs pistes mélodiques et accessibles qui agissent comme autant de bulles d’oxygène au milieu du chaos et concluent en douceur cette épopée de près de 70 minutes. Mais aussi à l’aide d’une science du chorus savamment travaillée et perfectionnée depuis plus de deux décennies, avec des refrains qui se construisent et se complètent progressivement au cours de la chanson (Door #3) ou qui profitent de leur structure à tiroirs pour aller chercher la moindre parcelle de sentiment à explorer (Psychomanteum).
Au final, même s’il peut parfois dérouter sur les premières écoutes et n’est pas totalement exempt de reproches (avec quelques plans un peu loufoques qui peuvent ne pas toujours faire mouche), The Blue Nowhere est un album profondément fun et touchant, un véritable bonbon prog qui exsude la sincérité et brille par le plaisir intense et contagieux qu’il communique : les musiciens ont l’air de s’éclater… et nous avec ! Assurément l’une des sorties les plus enthousiasmantes de l’année.
Note : 4.5/5.0

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