
Pays : États-Unis
Sortie : 04/04/2025
Label : Prosthetic Records
Genre : Black metal / Death metal / Metal progressif
Chroniqué par Astrad
Il y a trois ans, en l’an de grâce 2022, sortait le premier opus d’une toute jeune formation de métal progressif américain : Ash in Realms of Stone Icons de Tómarúm. Une prime offrande d’une inventivité et d’une générosité extraordinaires, il faut bien le reconnaître. Mais qui, justement par excès de prodigalité, tombait dans les travers classiques du premier album : vouloir trop en faire, de manière souvent trop démonstrative, quitte à sacrifier la cohérence artistique sur l’autel d’un festival d’idées souvent géniales, mais éparpillées dans un maelstrom de structures et soli virtuoses sans réelle cohésion. Les grands moments étaient au rendez-vous, notamment sur la dernière piste (sublime), mais l’ensemble laissait sur la langue et sur le bide un arrière-goût un poil frustrant de mille-feuilles aussi appétissant que bourratif.
3 ans plus tard, quid de cette nouvelle proposition du combo d’Atlanta ? Si je dois me montrer totalement honnête, je dois bien avouer que les premières écoutes furent peu fructueuses : une toute première rencontre ensommeillée le vendredi matin de la sortie de l’album, puis quelques tentatives éparses, sans réelle attention de ma part. Première impression : c’est sympa, mais c’est encore bien trop beurré, nom de Dieu ! Étourdi, intimidé, rebuté par le nombre de soli frénétiques et de plans à la seconde, j’étais déjà prêt à frapper cet album du sacro-saint sceau du corps enseignant : “Peut mieux faire”.
Et pourtant, sous mon épiderme couvait l’injonction suivante : je ne pouvais me permettre de défausser cet album comme un simple rebut de tech-death masturbatoire. Il y avait plus ! Plus à découvrir, plus à ressentir. Une sensation de manque qui me poussa finalement à retenter l’expérience. Et grand bien m’en fît !
Car cet album est comparable à un labyrinthe : frustrant quand on ne prend pas le temps ni l’attention nécessaires pour l’appréhender, il peut rapidement énerver et laisser froid les plus impatients. Mais il suffit de s’y arrêter, de reposer son esprit et ses sens, de prendre la mesure de la tâche, tranquillement, sereinement, pour ressentir le plaisir et l’émotion de l’énigme que peut présenter cette offrande exigeante, mais jamais hermétique.
Plus qu’un labyrinthe, il s’agit même d’une tapisserie, progressivement tissée par des mouvements qui s’entremêlent, se répondent, avec des couleurs aussi disparates que complémentaires. Quelque part à la jonction entre black metal, death technique et rock progressif classique, Tómarúm propose une identité forte qui ne peut laisser indifférent et n’ennuie jamais. Certes, les inspirations sautent parfois aux oreilles : l’influence de Enslaved est ainsi évidente sur de nombreuses séquences, avec un riffing tranchant à bases de trémolos incisifs et des harmonies en chant clair qui rappellent fortement le combo norvégien. On pense également parfois à Opeth ou au Disillusion des débuts.
Mais avec ce deuxième opus, le groupe nous embarque dans un périple enivrant, épique et surtout inédit : on vogue avec émoi dans un océan de plans aussi variés que géniaux, alliant avec autant de goût que d’équilibre frénésie et sensibilité pure. Là où le premier album s’abîmait parfois dans une surcharge créatrice, Beyond Obsidian Euphoria parvient à trouver une balance quasi parfaite entre inspiration et fluidité, et nous gratifie de compositions beaucoup plus cohérentes et matures qu’auparavant (il suffira d’écouter The Final Pursuit of Light, la pièce maîtresse de l’album, pour s’en convaincre).
Ressort de ce nouvel effort une émotion aussi forte qu’originale et indescriptible. Ne serait-ce pas là le propre des œuvres d’art les plus marquantes ? Manquer de mots pour définir l’indéfinissable ? Car malgré mon interminable logorrhée verbale, je n’ai au final que très peu dit sur cet album extraordinaire. Et pour cause : expérimentez-le, mes bons ! Que risquez-vous ? Une heure de perdue au pire, une année metal transfigurée au plus probable ? Une écoute essentielle en tout cas pour tout amateur de prog, de death ou de black qui se respecte. Bon voyage !
Note : 5.0/5.0

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